Plastic Forest

Entre janvier et mars 2020 j’ai collecté du bois, la juste quantité de bois : des branches de toutes tailles tombées d’arbres poussant dans des lieux divers.
Maintenant les branches font partie de l’atelier. Dans mes rituels, dans mes actions, elles sont là au sol, alignées autour de moi. Leur présence a une influence sur tout : comme un cordon relié au monde naturel. Des objets ou des artefacts à étudier, à digérer peut-être. Ou simplement à sentir. Elles sont une passerelle.

L’archive et le fantôme

Exposition de la série “Plastic Forest”

 

Du samedi 2 au mercredi 6 octobre de 11h à 19h et

du jeudi 7 au dimanche 10 octobre sur rdv

Atelier Onze, Marseille

Je fais des peintures puis je les retire : elles sont momentanées, ou momentanément entières. Je ne les détruis pas, elles sont enregistrées méticuleusement (photographiées) et désassemblées puis archivées (rangées dans des boîtes).

Ce papier n’a jamais été conçu comme support de peinture. Il s’agit de la pellicule de protection d’un papier d’impression, couverte d’un agent antiadhésif ; elle a déjà rempli son rôle industriel. Je lui redonne vie par hasard, contre toute logique. Pour moi, peindre sur ce papier est un défi à la logique.

PLF 27, 56×61 cm

À partir de l’enregistrement digital je crée un tirage unique à l’échelle 1:1 de chaque œuvre.
J’appelle ce tirage « fantôme » (ghost).

 

Mes fantômes peuvent être considérés comme des documents, des enregistrements du procédé créatif. Ils sont produits de façon « posthume », une fois que les peintures ont été retirées.

Je m’appuie sur chaque phase de ce processus pour manifester une seule chose : cette époque de changements est aussi une époque qui incite à changer. Les peintures sont parties, mais je les retrouve à travers ce traitement photographique et digital. Cela me fait irrésistiblement penser au phœnix : une fin qui serait aussi le début de quelque chose, dans un cycle vertueux.

C’est ma manière de vivre cette pandémie.
Ma manière d’enregistrer, d’intégrer la pandémie.
Ce travail ne cherche pas à rendre compte de l’histoire en marche : il agit comme un remède.

Une provocation

Ce qui pour moi résonne profondément, c’est la nature du lien entre le spectateur et ce travail : en ôtant la possibilité de rencontrer directement les peintures, j’ai envie que l’expérience se fasse plutôt à travers leurs transformations, de même que nous vivons une grande partie de notre vie à travers des filtres, un espace d’interprétation.

Je demande à l’observateur de m’accompagner aveuglément, d’accepter que les choses arrivent et passent, de célébrer la vie avec moi. J’ose croire que mes « fantômes »  – les tirages – peuvent conduire à une sorte d’état méditatif, aider à accéder à un moment déconnecté du temps, qui fait s’éloigner du bruit. Un état de paix à l’intérieur d’une vision inquiète. En travaillant j’ai vraiment senti que ma pratique se mettait en harmonie avec la discorde environnante.

Acrylique, plastique

À cette temporalité, ni la peinture à l’huile ni la toile ne conviennent. Il s’agit ici d’une interaction mouvementée, gestuelle, avec la surface, presque une transe. Après plusieurs années, je me suis remis à utiliser les pinceaux, en procédant par touches qui, sans constituer des motifs, ont quelque chose de cyclique, de systématique. Peut-être cela mime-t-il une mécanique en écho à la fonction première de ce papier… Tournant le dos au geste conscient d’appliquer de la peinture, comme si l’œuvre entière était un seul geste.

La façon dont la peinture entre en contact avec cette matière est explosive. Elle bouge en même temps que le papier la rejette, luttant pour avancer mais destinée à se poser quelque part. Ce temps pendant lequel la peinture cherche son espace est comme la progressive et microscopique poussée des végétaux. C’est un moment de pure poésie et de chaos. Une alchimie, comme l’est la photosynthèse.

Il n’y a pas de point d’entrée ou de sortie de ces peintures. Pas de point d’ancrage ou de composition préméditée. Je les termine comme je les commence.

Force

Du musicien Alex Andreas Duncan, avec qui je travaille sur la série AAD, j’ai appris la force qui peut surgir d’une véritable collaboration artistique. Nous sommes plus forts ensemble.

Je ne pense pas que j’aurais entrepris un tel projet avec confiance s’il n’y avait pas le respect et la foi que j’ai dans le photographe Philippe Cas, qui archive mes œuvres et réalise les tirages. Artiste lui aussi, il a suivi ce projet depuis sa conception. Il le comprend et le connaît dans ses moindres détails. Son intervention n’est pas ponctuelle ou limitée : j’ai un allié.